Lancer des signes à l’imaginaire par Marc Sénéchal, enseignant, responsable de la formation au lycée Cuvier de Montbéliard

Au théâtre, tout est faux ! Et vous le savez bien. C’est comme au cinéma, mais en pire : on peut si difficilement y faire illusion qu’on y a renoncé depuis longtemps. Plus de fausses dorures pour simuler le palais de Lorenzo de Médicis, plus de châssis peints pour vous faire croire au salon des Champbourcy, On sait bien que ce n’est pas Médée qui s’avance sur scène, et que le mage Alcandre n’a jamais existé. Mais alors, à ce compte-là, pourquoi tant d’efforts ? Pourquoi y a-t-il encore des comédiens sur le plateau et des spectateurs dans la salle ? Par quelle magie le théâtre tient-il encore debout ? Tout d’abord, c’est que, bizarrement, le spectateur veut y croire. Et il s’accroche tellement à ce désir que ce soit vrai, qu’un court instant, cela le devient. En entrant au théâtre, il a accepté sans broncher de quitter sa passivité, de renoncer au prêt-à-rêver et d’y mettre du sien. Ici, il sait que sans lui, rien ne se passera jamais et il est prêt à remplir sa part du contrat. Ensuite, totalement dépassé par le réalisme des histoires sur écrans, le théâtre a développé le seul ressort qui lui restait : être un déclencheur d’imaginaire. Les metteurs en scène et les comédiens sont alors passés maîtres dans l’art de la suggestion, et ils ont élaboré un code que les spectateurs ont appris à partager en se débarrassant du même coup de la question du réel. Enfin, et surtout, personne ne s’y trompe : la fausseté n’est qu’apparente. Car derrière ce caractère si factice que le théâtre ne cherche même plus à le cacher, se tient la vérité, ou du moins des chemins qui y conduisent.

Ce soir, les 73 élèves des options théâtre du Lycée Cuvier voudraient vous en faire découvrir quelques uns. Ils savent qu’ils n’y parviendront pas sans vous. Dans le silence de la salle, ils lanceront des signes à votre imaginaire et ensemble vous construirez du sens. Même s’il ne s’agit que de travaux perfectibles, ils espèrent qu’ensemble, vous croirez à ce qu’ils vont présenter et aux révélations que l’art du théâtre permet encore aujourd’hui.

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Les élèves ont présenté les oeuvres suivantes:

Classe de seconde – option de spécialité

Interjections, d’Antonin Artaud (extraits)

Ces textes ont été dictés par Artaud lors d’improvisations orales à partir de ses cahiers de brouillon remplis durant son incarcération en hôpital psychiatrique. C’est la destructuration totale du langage qui a été l’objet même du travail théâtral de cette année.

Avec Baux Axelle - Beyer Océane - Carvieux Léa - Grandmougin Mathias - Gras Morgane - Hoffstetter Hélène - Laubie Marine – Minder Laétitia - Paris Mélodie - Tuckcovic Sefik - Vallon Anaïs - Zanoli Eva

Classe de seconde – option facultative

Médée-Matériau de Heiner Müller

Médée reste une figure mythique et mystérieuse. Magicienne de Colchide, elle aide Jason et les Argonautes à conquérir la Toison d’or. Jason l’épouse et lui donne deux fils, mais il l’abandonne pour épouser Créüse, la fille de Créon. La vengeance de Médée sera terrible…

Avec Aline Allouchery, Jordane André, Clément Coriette, Mathilde Guyenot, Kevin Koch, Marian Malochet, Charlotte Mellinger, Jade Oleiwan, Emilie Terreaux, Audrey Troussard.

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Classe de première – option de spécialité

Lorenzaccio d’Alfred de Musset

Après un travail sur Les Trois Sœurs de Tchékhov, le projet du second semestre a été de raconter, à travers un montage de scènes faisant une unité, l’histoire tragique de Lorenzo, héros romantique que son idéal aura poussé à l’avilissement et au meurtre.

Avec Magali Bainier – Gaëlle Bodet – Maureen Boutruche – Camille Demaimay - Amandine Duhaupas - – Camille Fukas – Maïté Herold - Cédric Levin – Aurélien Lignier – Aurélie Manuelle – Julien Michaliszyn – Sarah Notarnicola – Lucie Martinez - Pauline Rigoulot– Sandra Voitier

Classe de première – option facultative

La Cagnotte d’Eugène Labiche

La Cagnotte est une célèbre comédie-vaudeville en cinq actes. Les élèves vous en présentent le premier acte… Avec Magalie Bainier, Coline Baudez, Ophélie Bauwens, Léa Bouclans, Charlotte Bourguignon, Bertille Cabet, Amandine Duhaupas, Célia Genevois, Grégoire Gillot, Aurélie Manuelle, Lucie Martinez, Mathilde Roussey-Henriot, Amandine Voidey, Solène Volpi

Classe de terminale – option de spécialité

Scènes extraites des oeuvres au programme du baccalauréat :

La Fausse Suivante de Marivaux (Acte II, scène 3)

Juste la fin du monde de Lagarce (Le prologue puis la tirade d’Antoine -2ème partie, scène 2)

L’Illusion comique de Corneille (Acte III, scène 11 puis Acte III, scènes 8 et 9)

Avec Julien Ferraroli – Justine Garzitto –- Sophie Georges - Harmonie Lods – Sabrina Mancer – Charlène Mornard – Roxane Mouget - Noémie Roffé - Line Vienot

Classe de terminale – option facultative

Travail sur Berthold Brecht

Extraits de Grand-peur et misère du IIIème Reich La délation – Communauté nationale – Maladie professionnelle – Soldats du marais – Les souliers noirs

Deux pièces didactiques : Celui qui dit oui et L’importance d’être d’accord

La distanciation, au centre de l’oeuvre de Brecht, consiste en un rappel constant du caractère théâtral (et donc illusoire) de ce qui est montré, dans le but de développer la réflexion du spectateur et le pousser à l’action politique.

Avec Sarah Jacquot - Léa Besonhe, Cindy Camboly - Carine Gérard - Charlotte Gigon - Faustine Vidberg - Mohamed Bounazou - Aline Chagnard - Jeanne Lazar - Alexandra Daubier – Léa Besonhe - Lou Corneille